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COMMENT FAIRE MOURIR UN ANGE
***Soudain, le bras s'arrête, tout se fige: L'ange a suspendu son geste. Non, il ne peut pas. Le temps d'un instant, le voile illusoire d'un bonheur accessible s'estompe, et l'horizon incertain d'un nouvel espoir s'évanouit. Gabriel déglutit avec difficulté. Sa gorge est obstruée par une boule oppressante tandis qu'une étreinte se resserre sur son c½ur endolori. La douleur assombrit ses traits. Et la souffrance le rend incroyablement beau. L'ange ferme les yeux, assailli par un flot de larmes qu'il écoule en silence et qui viennent mourir sur ses joues.
***Alors il s'envole, à travers la fenêtre de la chambre restée ouverte, et disparaît, happé par les ténèbres d'un soir aussi noir que son désespoir. Atteint par une profonde mélancolie, il se laisse guidé au gré du vent, une légère brise glissant sur ses ailes déployées. Son esprit tourmenté y apprécie la fraîcheur et le calme de la nuit. Tel un fantôme, l'ange s'assoit sur une étoile et se met à converser avec les astres.
***" Hélas! se lamentait-il. Etais-je donc prédestiné à un si funeste apprentissage? Et ma seule faute est-elle d'avoir aimé? Suis-je éternellement condamné à souffrir de mon insolence? Ne pourrais-je aspirer à un quelconque bonheur? Réduit à n'être plus que l'ombre de moi-même, prostré, impuissant, inapte à assouvir mes insatisfactions, si proche de l'objet de mes convoitises, et pourtant trop éloigné pour l'atteindre... Mon c½ur désire s'ouvrir, mais mes yeux se ferment, ma bouche voudrait sourire, et c'est un soupir qui germe, mon corps vers le sien aspire, mais mon âme le freine. Je me consume, je m'éteins... Je me meurs. Peut-être suis-je trop aveugle pour mesurer la folie de mon entreprise? Ah! Puisse la volonté divine ne jamais nous avoir lié! Puisse-t-elle m'avoir créé simple mortel! Et maudit soit le mauvais génie qui insuffla en moi ces sentiments coupables! N'existe-t-il aucun remède qui annihile les propriétés de ce poison subtil qui à flots se déverse et se distille? Mon âme se disperse à tous vents, mes émotions se dissèquent, mon c½ur se dessèche. Finirais-je donc ma vie, la solitude pour seule amie? Serait-ce trop ingrat de me déclarer victime du hasard, martyre de l'injustice? Qui n'a jamais désiré une compagne? Adam avait bien Eve, Roméo avait Juliette, et Tristan avait Iseult. Les anges devraient faire exception? Comment m'interdire d'aimer le plus aimable? Puni pour avoir goûté au fruit défendu... Et quel fruit! Je suis l'ami de tous... Mais personne n'est le mien...Méritais-je donc ce supplice tantalien? Mon Père, pardonnez-moi. Car je ne puis me résoudre ni à l'abstinence ni à l'abnégation. Aussi, s'il vous reste quelques pitiés pour moi, je vous en conjure, délivrez-moi! Rappelez-moi auprès de vous!
***L'ange prononce ainsi ses derniers mots. Ses paroles se font muettes et n'atteignent plus personne. Sa douleur l'enferme dans un mutisme qu'il ne brisera jamais. Tel un acide qui le ronge de l'intérieur, son amertume lui annonce le début d'une lente agonie.
***Gabriel regagne la chambre. Adossé contre le mur, il contemple encore quelques instants la jeune fille assoupie. Puis il se laisse doucement glisser au sol. Il ramène ses genoux sur sa poitrine, les entoure de ses bras, enfouie sa tête dans sa robe et laisse ses yeux verser quelques larmes silencieuses. A quoi bon retenir sa peine si c'est pour qu'elle enfle toujours d'avantage? Les larmes évacuent la tristesse et dissolvent le chagrin.
***L'ange se calme peu à peu. Pleurer lui a fait du bien. Lentement, ses ailes se déploient puis l'entourent, semblant former un ½uf, protection maternelle. Plus serein, il ferme les yeux. Pourtant le sommeille ne vient pas. En Gabriel, petit à petit, une tempête se lève. Les uns après les autres, ses sentiments se déchaînent. Et c'est l'Amour qui submerge la Frustration, l'Oublie qui englouti le Doute, l'Angoisse qui percute l'Envie. Furieux, le Désir se déverse à flots sur la Déception, la Peur se brise violemment sur la Culpabilité. Le c½ur chavire. Tantôt c'est la Folie qui coule, tantôt c'est le Courage qui se noie. Tandis que la Passion balaye la Lâcheté, l'Ardeur emporte le Regret, et le Chagrin s'accroche à l'Amertume. La Foi s'échoue, la Tristesse sombre, l'Espoir fait naufrage.
***Gabriel se débat, s'agite, s'empêtre dans cette bataille du c½ur qu'il sait perdue d'avance. Mais la lutte reste inégale. Pour la troisième fois, il repousse cet amour qui l'assaille, pour la dernière fois, il laisse tomber les armes. Paniqué par cette situation qui demeure inchangée, ce cercle où il ne cesse de tourner indéfiniment, l'ange croit alors entrevoir une pâle issue se dessiner. Sans hésitation, il s'y précipite et s'y engouffre...C'est l'indifférence qu'il accueille entre ses bras.
***Hélas, ce choix cruel, substitution à l'abstinence n'écarte en rien les imprévus du hasard. Cette éphémère alternative ne dure qu'un temps: Privée de la protection de l'ange, Leïla tombe malade et doit garder le lit. La fièvre monte et ne veut plus redescendre. Jours après jours, ses traits se creusent, son teint pâlit. La jeune fille est prise de violents tremblements et vomit tout ce qu'elle mange. Il ne faut pas longtemps pour qu'une mauvaise toux lui attrape la gorge. Toutes ses défenses immunitaires semblent être en suspend, et les remèdes préconisés par le médecin demeurent inefficaces. Délaissée, vulnérable, la jeune fille est en train de mourir.
P.S.: Voici la suite que j'avais promis, Enjoy (et désolé de joue avec vos nerfs, lol).
Pix prise sur Deviant art, _point_of_imagonation__by_rache_engel.




