& Shy Angel &
28/05/07
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LA TOURMENTE BLANCHE
OU
COMMENT FAIRE MOURIR UN ANGE
PARTIE II
***Comme atteint d'une excitation nouvelle, il s'adresse au ciel en ces termes:
*** "A vous, créateur de mon être, de mon âme, et de mon esprit, vous à la bonté infinie, permettez-moi de posez les yeux sur la perfection même. Oserais-je vous demander ma liberté de c½ur? M'est-il permis de désirer l'indésirable? Vous qui prêchez la miséricorde et le pardon, vous qui récompensez le juste, qui protégez le faible et nourrissez l'affamé, puissiez-vous m'accorder les prédispositions à aimer! Que ne ferais-je pour m'attirer votre aide secourable, votre accord décisif! Comprenez la détresse d'un enfant en proie au plus violent des tourments! Délestez-le d'un poids trop lourd à porter, consentez à ce qu'il puisse partager sa charge! C'est humble et sincère que je m'incline devant votre clémence et vous implore d'exaucer cette faveur que je sais insolente. Mais ne vous méprenez pas sur mon compte, ne croyez pas qu'il s'agisse là d'un simple caprice. Je sais la grandeur de ma bêtise, mais si vous avez encore quelque affection pour moi, je vous supplie de reconsidérer ma demande sous un jour plus favorable. Est-elle si insensée au point que vous vous soyez détourné de moi? Ne mériterais-je donc plus vos égards? Mon affront ma-t-il fait perdre ma place auprès de vous? Je me surprends pourtant à espérer que vous vous rangerez enfin à mes aspirations."
***Mais les cieux restent désespérément muets. La prière n'est pas entendue. Conscient d'avoir bravé l'interdit, l'ange voit en ce silence le prix de son insolence. Alors commence pour lui un périple douloureux sur les sentiers d'une désolation profonde.
***Affligé par la désapprobation du Plus Haut, Gabriel ne sait plus vers qui se tourner. Quoi de plus terrible que de ne pas être soutenu par son père dans ses aspirations? Désemparé, il erre en aveugle, happé par un vide qui ne cesse de grossir, en proie aux sentiments les plus noirs et les plus tristes. Déchiré entre deux institutions qui ne pourront jamais marcher main dans la main, il tend, il balance de l'une à l'autre, sans pouvoir pour autant se résigner à faire un choix. Doit-il rester fidèle à son amour ou à ses obligations ? Ses pensées s'obscurcissent, tandis qu'il emboîte le pas à une solitude des plus sombres.
***Les lois célestes prescrivent une parfaite transparence, une discrétion irréprochable. Un ange doit se faire plus petit, plus léger, plus inaudible qu'un souffle, qu'un murmure, qu'un soupir. Toute volonté de se révéler à son protégé est prohibée. On recommande la plus grande prudence, la plus stricte vigilance. Le gardien doit passer inaperçu, invisible parmi les mortels. Aucune sensibilité ne lui est permise, tout sentiment doit tomber dans l'oubli. Si des liens se créent, ils doivent être irrémédiablement brisés.
***Hélas, Gabriel ne peut se résoudre à mettre fin à une émotion si douce. Se serait comme perdre une partie de lui-même. Cependant, une seconde fois il tente de refouler ses sentiments... sans succès. L'ange finit par se laisser dominer sans efforts. Comment résister à ce que l'on souhaite si ardemment?
***Néanmoins si les cieux sont incapables d'interdire aux anges d'aimer, en revanche, tout être de lumière se plie à la première règle. Car celui qui se révèle à sa protégée lui offre aussitôt sa perte assurée. L'assistance divine lui est reprise. Si l'ange faute, il précipite l'innocente dans les bras de la Mort. Cette seule perspective fait fléchir tous les hasardeux. Telle est l'impitoyable loi du Ciel.
***Or, lorsque l'ange prend conscience de la triste réalité, il est trop tard: l'amour a déjà pénétré tout son être et est ancré si profondément en lui qu'il est impossible de le déloger. Quant bien même on le chasse, il repart à l'assaut. Pour la première fois, Gabriel entrevoit le début de son calvaire. Petit à petit, il découvre l'autre visage de la passion, cruel et noir, et goûte à l'amertume de la déception. Gabriel comprend qu'il aime en toute perte. A quoi sert son amour s'il ne peut être partagé? Lentement, il sombre dans un univers lugubre et hostile dans lequel on lui fait miroiter un bonheur auquel il ne peut aspirer. Et lorsqu'une étreinte nouvelle se resserre sur sa gorge, il suffoque, il sait qu'il est perdu. Cet étau, c'est le désespoir.
***Un soir que la jeune fille s'est endormie, l'ange s'assoit sur le rebord de son lit, aussi léger que l'air. La pièce n'est éclairée que par la seule lueur de la lampe de chevet qui fait danser les ombres sur le mur, et par la lumière qui émane de l'être protecteur. Celle-ci dégage une douce chaleur si empreinte d'amour qu'elle ferait fondre les c½urs les plus durs.
***La présence de Gabriel, imperceptible, offre à la chambre un côté rassurant. L'ange, le visage tourné vers la tête de lit, contemple la jeune fille endormie, sa jambe gauche ramenée sur sa jambe droite, ses ailes lisses et blanches repliées sur le côté. Ses longs cheveux blonds tombent en cascade sur ses épaules, sa robe immaculée suit la courbe de ses membres et s'arrête sur ses jambes, dévoilant ses pieds nus. Ses traits sont fins et réguliers, sa bouche est fraîche et tendre, ses yeux, doux et brillants. Il reste encore sur son visage quelques vestiges d'une innocence récemment perdue que vient à présent combler un profond chagrin. L'être tout entier incarne la pureté parfaite. Mais c'est un regard empli de tristesse qu'il porte sur son aimée.
***Leïla est assoupie, la tête reposée sur le côté droit. Elle tient encore dans sa main le livre qu'elle lisait avant de plonger dans les bras de Morphée. La jeune fille semble épanouie, sereine, les épaules relâchées. Ses longs cheveux bruns tombent en désordre sur son oreiller. Les draps, relevés jusqu'au ventre, épousent parfaitement ses formes. Ses membres fatigués se soulèvent au rythme de sa respiration. Son souffle régulier qu'accompagnent les mouvements de son corps lui confère une certaine sensualité. Ses lèvres, rouges et humides, laissent échapper de temps à autre un léger soupir, son teint de pêche devine une peau au toucher velours, sa chemise de flanelle découvre son cou nu.
***Un désir charnel s'enflamme subitement en Gabriel. Son c½ur s'emballe tandis que ses mains, posées sur ses genoux, se crispent. L'ange est traversé de mille pensées. Son regard n'est plus que caresses. Il s'imagine sa main frôlant sa joue, le contact de ses doigts sur sa peau, la pression de ses lèvres sur les siennes, la chaleur de ses baisers, son souffle courir sur son cou, l'odeur enivrante de son parfum, l'étreinte de ses bras, leurs corps unis et enlacés...
***Le geste a suivi la pensée: Inconsciemment, il a étendu sa main vers son visage. Lentement, celle-ci se rapproche. Son front est brûlant, sa peau, parcourue de frissons. Sa main tremble, hésitante, sous le coup de l'émotion, ses gestes sont maladroits. Le bout de ses doigts s'apprête à toucher sa joue, les battements de son c½ur se font plus violent...
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Pix prise sur Deviant art, angel__s_look10_by_angelcurioso.